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Crieur public

Vendredi 30 mai 2008
Exercice périlleux qui concentre à lui seul 90% de la pop music (le reste se partage entre la politique et la drogue), l'écriture d'une chanson d'amour correcte est le vrai test d'entrée pour tout aspirant musicien qui s'est lancé dans la composition pour séduire les oreilles joliment percées de ses auditrices. Il faut faire preuve d'une grande retenue dans la sincérité et d'une certaine élégance pour rester crédible, ce qui explique pourquoi le nombre de chansons vraiment réussies est si peu élevé. Jetons un coup d'oeil aux dix plus intéressantes.

1 - Superlungs - Donovan.

She's only fourteen but she knows how to draw

Portée par un riff répétitif, une diction des plus étranges et un refrain agaçant, cette chanson du fameux barde écossais le voit quitter les chemins de la niaiserie pour un son plus agressif, une tension qu'on retrouvera uniquement dans Season Of The Witch, et qui est ici utilisée pour vanter les mérites d'une fille placée dans son colimateur, l'âge de la jeune fille en question n'étant bien entendu qu'une métaphore sur la grande innocence qui caractérise le sexe féminin.


2 - Thirteen - Big Star

Won't you let me meet you at the pool

Groupe maudit largement trop réévalué aujourd'hui, Big Star ne compte à son actif qu'une poignée de chansons correctes, dont cette sucrerie dédiée à une fille mineure de la part d' Alex Chilton, modèle de vertu et de santé mentale s'il en est. A noter qu'Elliott Smith la reprenait parfois en concert, détail qu'aucune personne sensée n'est supposé connaître. A noter également qu'elle fut jouée le jour du mariage de Jerry Lee Lewis.


3 - Good Morning Little Schoolgirl - Sonny Boy Williamson

Can I come home with you ?

Hymne éternel repris par tous ceux qui ont fait du pillage du blues leur marque de fabrique, cette tendre déclaration à une très jeune écolière frappe par la subtilité de son texte, indiquant un désir d'instruction de la part d'icônes du blues qui le plus souvent ne savaient pas écrire leur propre nom. La chanson a bien été prise comme tel, et représente un symbole de la lutte des droits civiques pour l'éducation des noirs aux Etats-Unis.


4 - Sweet Little Sixteen - Chuck Berry

Shell have to chang her trend, and be sweet sixteen, and back in class again

Alors qu'il semble bien que ni le réchauffement climatique, ni les tremblements de terre, ni la musique des Artic Monkeys n'arriveront à terrasser ce diable de Chuck Berry, il ne faut pas oublier que même s'il a composé plus de mille fois la même chanson, c'était un parolier plutôt efficace. Preuve en est cette description amoureuse d'une femme fatale et débauchée de seize ans (même si l'âge ne compte pas dans la chanson, il n'est répété qu'une seule fois pour être sûr de ne choquer personne.)


5 - Little Child - The Beatles

Little child won't you dance with me

Même si on a tendance à réduire Little Child, comme toutes les chansons de la première époque des Beatles, à de la guimauve sentimentale, il faut reconnaître que cette chanson dédiée à un petit enfant est particulièrement touchante, avec une mélodie inoubliable qui en a fait l'un des dix titres les plus populaires du groupe de Liverpool, car il parvient à capter l'essence de cette première époque enfantine ; c'était avant qu'il ne décide d'inventer le rock progressif, ce pourquoi on le remercie.


6 - Five Years - David Bowie

That's all we got

Alors qu'on reproche souvent à David Bowie un certain hermétisme dans ses textes, chose que certaines mauvaises langues tentent d'expliquer par un manque total de talent pour faire passer les émotions les plus simples, il se met à nu dans cette déclaration torturée à un enfant dont l'âge est précisé dans le titre, et pour lequel il compose cette ballade retenue où il évite d'en faire trop, surtout dans le final, sobre et élégant à l'image de son oeuvre.


7 - Sixteen Summers, Fifteen Falls - Townes Van Zandt


She died few in the years with breasts still small

L'Archange des dépressifs Townes Van Zandt décide de jouer les comiques troupiers avec cette histoire de fille fauchée dans sa tendre jeunesse, à l'âge où la poitrine n'a pas encore poussé, histoire qu'il enrobe dans un festival de cordes, choeurs, et flûtes, pour montrer qu'il ne plaisante pas, avant de la reprendre en concert de façon austère et épurée, pour montrer qu'il ne plaisante pas non plus.


8 - It's All Over Now, Baby Blue - Bob Dylan

It's all over now, baby blue

Souvent accusé de se montrer cryptique dans ses paroles, Bob Dylan lâche les chiens du coeur dans cette ballade offerte à un mystérieux bébé bleu dont l'histoire ne dit pas grand-chose, si ce n'est qu'il est tout juste à l'âge du berceau. Grande chanson sur la culpabilité et le désengagement affectif, cet adieu définitif à l'amour des petits enfants a choqué en son temps, chose qui ne pourrait plus s'envisager aujourd'hui.


9 - Cyprus Avenue - Van Morrison

So young and bold, fourteen years old

Bien sûr, imaginer aujourd'hui un vieux Van Morrison chauve et obèse postillonner ses irlanderies sur une très jeune fille n'a rien de bien ragoûtant, mais il ne faut pas oublier qu'à l'époque d'Astral Weeks (album fondateur du folk impressionniste, genre qu'il a cherché à retrouver pendant quarante ans quand il ne pastichait pas une soul jazzy étonnamment easy listening), Van Morrison avait pour seul défaut d'être roux, ce qui lui laissait une chance à la sortie des écoles pour aveugles.


10 - Brown Shoes Don't Make It - Frank Zappa


Only thirteen, and she knows how to nasty

Chanson tiroir constituée de bouts de mélodies inachevées, Brown Shoes a été reçue à sa sortie comme un titre scandaleusement vulgaire, là où Zappa citait la Bible et voulait simplement signifier que seuls les enfants au coeur pur peuvent accéder au Paradis. L'injustice est réparée -- la chanson ne provoque plus aucun scandale aujourd'hui, tout le monde l'ayant oubliée depuis belle lurette.
Par Violin
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Samedi 3 mai 2008
Longtemps considéré comme l'un des sites francophones les plus populaires de la toile, acclamé par des hordes d'admirateurs enthousiastes, régulièrement cité dans des revues spécialisées en quête d'inspiration (La Croix, Rock&Folk, etc), ciment social inattendu ("j'ai conçu mon deuxième enfant en lisant votre page"), L'Ours Polaire a hélas été tenu pour responsable d'une vague de suicide lors de sa disparition prématurée.

On rappellera les faits, pour les rares retardataires :
http://membres.lycos.fr/mrourspolaire/

Après une longue période d'hibernation dans les grottes du défaitisme, ponctuée par une série d'excès divers (femmes, alcoolisme, engagement politique), on constate avec peine que sa sainte croisade n'a pas encore anéanti la médiocrité du monde, et qu'il est grand temps de ressortir les armes pour dénoncer la bouffonerie insupportable de tout ce que l'on tient pour sacré.

Ce n'est donc pas un hasard si le rétablissement de la Peine Polaire a lieu en pleine commémoration de Mai 68, impayable glaviot lancé jadis à la face du mois de Marie, quand la bourgeoisie étudiante s'est alliée à la crasse prolétaire pour libérer la sexualité de jeunes sottes (pour résumer). Le traitement médiatique suit sa justesse habituelle : certains se trompent en disant que cette "révolution" (de la Majuscule, on passe aux guillemets, cheminement à peu près similaire à celui de la carrière solo de Paul McCartney) a libéré les moeurs, les coeurs et les consciences (on peine toujours à rattraper les fugitifs, évanouis dans la nature), tandis que d'autres réactionnaires se fourvoyent en la diabolisant plus qu'elle ne le mérite (ce serait un peu comme accuser le dernier livre d'Angot d'avoir déclenché Katrina, ce qui serait encore quelque part une sorte d'honneur.)

Inutile de dire donc que Mai 68, comme tous les grands événements remâchés depuis des lustres, devrait disparaître des calendriers pour que s'écroulent enfin les forteresses de sottises (quel que soit leur bord, d'ailleurs) qu'on a bâties sur ses fondations merdeuses ; L'Ours Polaire, quant à lui, ne cessera jamais de célébrer l'esprit d'Avril 68, quand on se préoccupait plus des jeunes filles en fleurs à l'arrivée du Printemps que d'insurrections ridicules (on ne dénoncera jamais assez le ravage provoqué par les protest-songs au début de la décennie), quand le premier du mois on préférait se faire des farces au lieu de s'assoupir pendant la fête du travail ; il s'agit bel et bien d'un devoir d'oubli, trop souvent ignoré à l'heure actuelle, et qui seul peut permettre de garder sa santé mentale à la vue de tous les albums qui ont pu sortir à cette époque.

Par Violin
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